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La Rénovation > Les Etapes

L'organisation de votre restauration


Nous avons souhaité aborder, dans cette rubrique, la rénovation d'un bien historique car il n'existe pas, à ce jour, de livre traitant du sujet dans sa globalité, ce qui nous laisse, nous restaurateurs amateurs, dans un grand désarroi.

Nous allons donc nous attacher à vous aider à appréhender dans sa globalité la restauration de votre maison médiévale, de la recherche d'archives, en passant par l'analyse historique et pour finir par la restauration à proprement parler.
Nous n'aborderons pas les aspects financiers ou organisationnels d'un chantier de restauration. Beaucoup de livres traitent déjà du sujet et sauront répondre à vos attentes (cf : notre rubrique la bibliothèque).

Nous n'avons néanmoins pas la prétention de produire un document exhaustif. Il présentera inévitablement des imprécisions voire des oublis. Il est le fruit de nos différentes expériences dans la restauration de notre donjon médiéval. N'hésitez pas à nous faire parvenir vos commentaires ou apporter des précisions ! Toutes les informations sont les bienvenues !



Rénover un bien ancien ou historique ne s'improvise pas. Il est nécessaire de progresser par étapes afin d'éviter des erreurs qui peuvent être irréparables.
Mais pour pouvoir progresser par étape, encore faut-il appréhender la globalité d'une rénovation.

S'il n'y a qu'une seule vérité à retenir, c'est que les meilleurs restaurations sont celles qui ne se voient pas ! En effet, les restaurations où tout est trop neuf peuvent nuire à l'esthétique du bâtiment. Ceci est affaire de goût mais nous pensons que rien ne vaut la pâtine des bâtiments anciens.

Il faut aussi prendre son temps car un bâtiment de plusieurs siècles nécessite de la pondération pour bien l'appréhender, en comprendre sa dimension, son organisation... en bref se l'approprier. Tout ceci n'est que recherche, observation et analyse, parfois même affaire d'imagination.

Faire appel à des professionnels peut grandement vous faciliter la tâche et raccourcir les délais.
Mais si votre budget de restauration est plutôt serré, nous allons voir ensemble la méthode à suivre pour une rénovation éclairée de votre manoir ou de votre château, de nature à lui conserver ou lui redonner son caractère historique.

La restauration de notre donjon s'est effectuée en 4 temps (cliquez sur le lien pour accéder au paragraphe) :
- l'analyse du bâti,
- la mise à nu du bâti,
- le choix de l'époque,
- la rénovation.

L'analyse du bâti


La maison médiévale à rénover ou le manoir à réhabiliter que vous avez acheté et que vous souhaitez remettre en valeur est un habitat qui a vu des dizaines de générations d'occupants et beaucoup d'époques différentes.
Les rénovations, réorganisations et autres adaptations aux nouveaux besoins des occupants ont profondément modifié le bâtiment, dans son style comme dans son organisation.

Dès lors, il est nécessaire de découvrir et d'identifier tous les éléments anciens, car ils sont l'historique de votre bâtisse, les témoins de ces différentes occupations. Ceux-ci sont, bien souvent, encore présents dans le bien.
Reste à les découvrir.

Vous pouvez soit faire appel à l'homme de l'art, soit vous attacher à découvrir et à analyser vous-même ces éléments.

  • L'homme de l'art


    Un architecte du Patrimoine ou un archéologue du bâti sont à même de vous apporter une analyse complète du bâti.
    I'un ou l'autre vous aidera dans l'identification des éléments historiques encore présents et pourra aussi, si vous le souhaitez, procéder à une recherche d'archives.
    Une analyse avec remise d'un dossier complet (avec relevés, plans et historique) effectuée par l'homme de l'Art vous coûtera au minimum 5 000 €, le tarif étant fonction de la taille du bâtiment.

    Nous vous conseillons de faire appel à son concours, d'autant plus vivement que votre bien est d'importance, type château fort médiéval.

    Il devient incontournable de le faire si vous souhaitez ouvrir votre bien à la visite.
    Les services culturels de votre secteur vous demanderont obligatoirement de produire une étude historique complète de votre demeure. Renseignez-vous auprès des services culturels de votre commune.
  • Faites appel à un étudiant


    Prenez contact avec la facultée d'Histoire et/ou d'Histoire de l'Art de votre région. Un étudiant, dans le cadre de travaux à effectuer pendant son cursus scolaire, peut être intéressé par une étude de votre manoir ou de votre château médiéval.
  • Faites votre dossier historique vous-même


    C'est très exaltant car riche en découvertes et en rencontres.
    Mais il est complexe à réaliser car requiert de bonnes connaissances du patrimoine bâti ainsi que ses spécificités locales.

    Néanmoins, si vous êtes patient et très motivé, vous pouvez vous-même effectuer une approche historique de votre bien.
    Consultez notre rubrique Les Aides afin de connaître les organismes susceptibles de vous aider dans votre démarche.

    La méthode archéologique consiste à faire des recherches d'archives et de les confronter au "terrain", en l'occurrence votre maison ou votre château médiéval.
    1. La recherche documentaire


      • Les bibliothèques
        Consultez en priorité les bibliothèques afin de découvrir des livres d'historiens ayant déjà effectué une étude de votre château ou une étude plus générale sur votre commune. Cela vous facilitera grandement la tâche et pourra aussi éventuellement vous orienter dans vos recherches d'archives (certaines de ces parutions notant leurs sources documentaires).

      • Les bibliothèques du patrimoine
        Renseignez-vous aussi de l'existance d'une bibliothèque du patrimoine dans votre commune ou dans votre capitale régionale. La consultation des livres est accessible au public et présente des parutions plus spécifiquement orientées patrimoine.

      • Les archives de votre département
        Consulter les archives vous permettra de retracer la généalogie des anciens propriétaires de votre bien et de retrouver une éventuelle branche noble, branche qui laisse souvent plus de "traces" écrites que celle d'un simple propriétaire terrien.

        - Les actes notariés, appelés "minutes notariales" peuvent contenir un ou plusieurs état des lieux effectués lors d'un mariage ou d'une succession. Elles peuvent se révéler être de vraies mines d'or !

        - Le cadastre Napoléonien vous permettra de voir l'organisation spacial cadastré de votre château ou votre manoir deux siècles en arrière. Vous découvrirez par exemple que votre cour, aujourd'hui ouverte, était totalement close de murs et que certains bâtiments ont disparus, ou que la maison de bourg médiévale que vous avez acheté, faisait partie d'un ensemble plus vaste du type hôtel particulier.
        Cette étape est essentielle et est très sympathique car bien souvent source de surprises !!

      A ce stade, vous commençez à mieux cerner votre bien. Même si, pour diverses raisons, les archives et les actes notariés n'ont malheureusement pas été à la hauteur de vos espérances, le cadastre napoléonnien vous a certainement apporté quelque chose.
      "Nous avons procédé de cette façon pour notre donjon. Nous avons découvert, par exemple, que la petite route, qui passe à quelques mètres de notre bâtisse, a été construite il y a un peu plus d'un siècle au beau milieu de l'ancienne cour du château !
      Et nous avons aussi découvert que les granges à l'arrière ne sont pas des bâtiments dispersés mais sont les anciennes dépendances du château, auparavant totalement clos de mur (merci le cadastre napoléonnien!). D'un ensemble qui nous paraissait disparate, nous n'en voyons plus qu'un actuellement. Nous n'aurions jamais pu imaginer cela sans avoir fait ces recherches."

    2. Les constatations sur le bâti


      La recherche d'archives est un préembulle incontournable à l'élaboration du dossier historique de votre maison ou demeure médiévale.
      Elle l'est d'autant plus que les découvertes peuvent vous orienter dans votre recherche "terrain".

      Afin de vous aiguiller dans vos constatations sur le bâti, et sans rentrer dans le détail, nous avons constaté qu'il existe trois périodes majeures de modifications du bâti médiéval.

      1 - La fin du XVème siècle est la première car, à ce moment là, deux éléments historiques ont coexisté favorisant la modification des bâtis : premièrement, la fin de la guerre de 100 ans, qui de fait n'imposait plus des habitats très fortifiés et, secondement, l'avènement de la Renaissance avec son nouveau style architectural. Beaucoup de châteaux forts, de manoirs et de maisons de bourg ont été modifiés à cette époque afin de les rendre plus confortables et plus à la "mode".
      2 - La seconde période a démarré vers le milieu du XIXème siècle avec la naissance du néogothique (style architectural s'inspirant du gothique médiéval) du fait d'un engouement de la société française pour le médiéval, engouement qui s'est fortement imprégné de la toute récente naissance des Monuments Historiques et de la redécouverte de la période Médiévale. Beaucoup de propriétaires ont modifié, pour ne pas dire dégradé, leur château dans un style médiéval sublimé, proposant des tourelles vertigineuses, du vitrail à profusion, des toitures décorées, de faux machicoulis, etc...
      3 - La troisième est le XXème siècle dont les progrès dans tous les domaines ont fortement bousculé les habitudes de vie, les habitudes de construction, etc... engendrant son lot de modifications (mais ceci n'est pas propre au bâti médiéval) avec des mises en oeuvre parfois regrettables (cf : la mise à nu du bâti).

      Evidemment, tout au long des siècles, les bâtis médiévaux ont été modifié mais, globalement, pas de façon aussi marquée que pendant ces 3 périodes.
      Et pendant toute la période dite "classique", la structure même des bâtis médiévaux était bien trop en inadéquation avec le style architectural et les besoins de confort de cette époque. De fait, les bâtis n'étaient quasi plus modifiés : on leur accolait simplement de nouvelles constructions.

      Pour en revenir au "terrain", voyons ensemble la méthode à suivre pour mener à bien la découverte de votre demeure médiévale. Nous l'appellons la méthode de l'entonnoir, qui consiste à démarrer par des constatations d'ordre générale pour finir dans le détail en vue de la datation de votre bien.

      • Les façades extérieures : chaque pierre a son importance

        parements




        1 - Si elles ne sont pas recouvertes d'un enduit, recherchez dans les façades les changements d'aspect du parement
        Des changements dans la taille ou dans la nature des pierres maçonnées peuvent représenter différentes époques de construction et renseigner sur l'évolution du bâtiment, ses aggrandissements, voire ses réparations.



        chainage


        2 - Notez l'emplacement des pierres de tailles de chaînage d'angle
        Si vous voyez que ce type de pierres se retrouvent au beau milieu de la façade, c'est qu'à l'origine le batiment s'arrêtait à cet endroit et que ses agrandissements ont été construits plus tardivement ou que deux bâtiments distincts à l'origine ont été accolés et transformés en une seule habitation (attention : certains chaînages au milieu de la façade peuvent être la partie visible d'un mur de refend intérieur, ce qui n'est pas le cas ici, sur la photo, car le chaînage représente bien un angle).

        3 - Mesurez les épaisseurs des murs
        Des différences peuvent montrer plusieurs époques de construction et plusieurs finalités. En effet, si certaines parties de votre manoir ou de votre maison médiévale ont des murs de 1.50m d'épaisseur et d'autres de seulement 0.50m, on peut supposer que les murs de 1.50m ont cette épaisseur par soucis de protection (l'habitat ?) alors que ceux de 0.50m le sont par nécessité structurelle (des dépendances ?), épaisseur minimale pour que le mur tienne debout.
        Ils n'ont donc pas la même vocation et ne sont peut être pas de la même époque : à vous d'en définir les finalités, voire de les imaginer par différentes hypothèses (l'analyse de la distribution interne du bâti devrait vous y aider)

        4 - Repérez tous les éléments de décoration et de confort du bâtiment
        Les pierres de taille des encadrements des portes extérieures, les fenêtres, les lattrines, les machicoulis, les brétèches, les conduits extérieurs des cheminées... sont autant de signes distinctifs des époques de construction et des évolutions au cours des siècles.

        5 - Cherchez à en reconnaître les styles et leur époque de construction
        Ceci vous permet d'effectuer une première datation du bâti et d'en appréhender les évolutions.
        Attention, chaque datation d'éléments de décoration ne prouve pas forcément que la bâtisse ou la partie de bâtisse a bien été construite à cette époque là.
        C'est toute la complexité d'une tentative de datation (y compris pour les professionnels).

        En effet, le bâti peut être plus tardif que son style pourrait nous amener à le penser.
        Certains nouveaux styles architecturaux ont parfois mis un siècle avant de pénétrer et d'être pris en compte par les bâtisseurs des contrées les plus reculées (Internet n'existait pas !). Une fenêtre géminée du XIIIème peut être présente dans un château construit au XIVème siècle. Il est nécessaire à ce niveau d'avoir une vraie connaissance des spécificités architecturales locales. Consultez notre rubrique les aides pour vous faire épauler et essayer d'y voir plus clair.

        De même, le bâti peut être plus ancien que le style architectural nous laisserait le croire. La porte ou la fenêtre a pu être rajoutée au cour des siècles.
        Fort heureusement, il y a là une plus grande possibilité de s'en rendre compte par le type d'harpage de l'ouverture.

        6 - Prenez en considération le type d'harpage
        Le harpage est le maçonnage de pierres de taille, alternativement longues et courtes, dans l'angle d'un mur ou dans l'encadrement d'une ouverture (cette technique permet de renforcer ces parties plus fragiles et rend aussi un effet décoratif).

        harpage



        Cette photo vous présente une fenêtre "très harpée", les pierres d'encadrement étant largement ancrées dans la maçonnerie, signe d'une ouverture très certainement créée lors de la construction de la bâtisse ou de cette partie de bâtiment. La bâtisse ou cette partie de la bâtisse peut être datée en fonction du style de l'ouverture.

        harpage faible



        A contrario, nous voyons ici des pierres d'encadrement dépassant à peine, pouvant être qualifiées de pierres "peu harpées", cette fenêtre étant certainement un rajout ultérieur, après la construction du mur.




        7 - Faîtes un plan des façades
        A ce stade de constatations, les façades ne vous en diront malheureusement pas plus. Nénmoins, vous pouvez d'ores et déjà en dresser un plan. Ce travail minutieux vous aidera beaucoup dans la compréhension de votre bâtiment car vous pourrez y anoter tous les éléments de détails, les rajouts, les changements de style, de matériaux que vous avez pu constater.

        Vous pouvez aussi, dès à présent, commencer votre analyse du bâti en mettant par écrit les constatations effectuées et leur interaction : les changements d'aspects des parements des façades coïncident-ils avec un chaînage au milieu de la façade, ou avec un changement de style des portes et fenêtres ? Et le type de harpage de ces portes et fenêtres vous amène-t-il à penser qu'elles ont été rajouté ? etc, etc ...

        Il vous reste maintenant à prendre en considération l'intérieur de la bâtisse, considération qui confortera ou pas les premières conclusions concernant les façades.

      • Les espaces intérieurs : faites abstraction de l'organisation actuelle

        Il est nécessaire de faire abstraction de l'organisation actuelle de l'habitat pour éviter les erreurs d'interprétation.

        Les constructions médiévales s'organisaient toujours autour du concept de différenciation de l'espace public de l'espace privé.
        L'espace public est toujours le même : la grande salle ou salle d'apparât dans laquelle le maître des lieux reçoit, rend la justice, organise des fêtes et réceptions.
        L'espace privé pouvait lui aussi être la grande salle car, au départ, les seigneurs logeaient sa famille et ses invités dans le seul espace du logis.
        Mais, rapidement, dans un soucis de confort et d'intimité, les logis se sont développés et étaient constitués d'une ou de plusieurs chambres, qui, tout au long du Moyen-Âge et dans les constructions les plus prestigieuses, se sont vues adjoindre des garde-robes, anti-chambres, boudoirs, bureaux, etc... jusqu'à l'organisation des espaces privés en véritables appartements à la Renaissance.

        S'ils n'ont pas été trop modifiés ou défigurés, ces espaces s'identifient assez facilement car possédaient tous une cheminée, voire des lattrines. C'est la qualité et la finesse de taille des cheminées qui aident à hiérarchiser ces lieux de vie. La cheminée de la chambre du seigneur est, après celle de la grande salle, la plus belle de la demeure.
        Ceci se retrouve aussi dans les habitations du commun, car tout un chacun aspirait à plus de confort et imitait, au mieux de ses moyens financiers et des possibilités du bâti, les récentes améliorations des habitats des plus riches.

        Quoiqu'il en soit, dans toutes vos constatations et analyses, vous devez toujours garder en tête ce concept d'organisation spaciale des habitats médiévaux, concept transverse, quel que soit le type d'habitat, de la maison polyvalente au château fort.

        1 - Au même titre que les façades, dressez un plan intérieur
        N'hésitez pas à faire disparaître les cloisons, cherchez à ne voir que les espaces entre les murs de refends, car dans un espace morcelé de diverses pièces de vie modernes peut apparaître une ancienne salle d'apparat.
        Il est probable qu'au Moyen-Âge existaient des cloisonnements en bois dont il ne reste aucunes traces aujourd'hui. Malgré tout, elles n'étaient certainement pas majoritaires dans les constructions et devaient n'être employées que de façon ponctuelle, pour faire face, par exemple, à un besoin pressant d'espace pour accueillir.

        2 - Prenez en compte tous les éléments de décors et de confort d'époque
        Encadrements des portes intérieures, les cheminées, les coussièges, les escaliers, etc... tous les éléments en pierre de taille.
        Tâchez d'en connaître le style afin de découvrir l'époque d'installation dans le bâti.

        3 - Repérez leur position dans le bâtiment
        Ceci favorise votre compréhension de l'organisation interne de votre maison ou de votre château médiéval, compréhension nécessaire pour une rénovation la plus fidèle possible. Cette organisation initiale a forcément été modifiée au cours des siècles (cloisonnement, création de porte, etc...) et l'on peut aujourd'hui, par exemple, rencontrer une cheminée monumentale dans un couloir, situation anachronique qui exprime forcément un espace de vie plus grand.

        4 - Vérifiez les hauteurs des étages
        Plus hauts sont les plafonds et plus fort est le soupçon que le bien a été construit par un maître d'oeuvre riche voire appartenent à une branche noble, la hauteur étant clairement un éléments architectural d'ostentation, démontrant à tous la richesse du propriétaire.

        Pour autant, les planchers ont souvent été rabaissés aux cours des siècles afin d'augmenter la surface habitable ou pour faciliter le chauffage. Il est alors bien fondé de rechercher systématiquement les traces éventuelles d'anciens planchers (consoles nues aux murs, fenêtres ou portes murées à mis hauteur, etc...).
        Des faux plafonds ont aussi fréquemment été ajouté pour masquer la poutraison par soucis de modernité ou, là aussi, pour faciliter le chauffage de la bâtisse : faîtes un petit trou et regardez le type de poutraison et sa hauteur.

        5 - Les greniers sont très intéressants à osculter dans le détail
        Souvent au cours des siècles, les bâtiments ont été rabaissés, les murs dérasés, les toitures transformées par manque de moyens financiers pour entretenir et conserver le bâtiment en l'état. Ce qui, aujourd'hui, n'est qu'un grenier pouvait, auparavant, être une pièce de vie.
        Les greniers n'étant jamais rénovés, puisqu'ils n'ont pas (ou n'ont plus) par définition de fonction d'habitation, tous les éléments anciens (décors peints, consoles aux murs, cheminées) ont souvent été épargnés.

        6 - Un plancher ou une poutraison qui vous semble très ancien peut aussi faire l'objet d'une dendrochronologie (technique de datation par les anneaux de croissance du bois) qui permettra de connaître précisement la date de construction dudit plancher, et éventuellement celle de la bâtisse.


    3. En conclusion


      Les éléments documentaires et les découvertes sur le bâti sont à mettre en corrélation. Ils permettent réciproquement de rendre compréhensible l'histoire de votre bâtisse, ce, afin d'établir le dossier historique de votre demeure.

      Il est aussi intéressant d'intégrer à votre étude un plan faisant ressortir les différentes époques de construction, facilitant l'appréhension de votre bien, permettant de mieux en comprendre l'organisation et les évolutions.

      exemple d'un plan

      Au final, votre étude historique sera vraisemblablement perfectible, certaines constatations sur le bâti ne trouverons aucunes explications ou ne vous renseignerons pas forcément sur l'évolution de votre maison médiévale ou de votre château.
      Un professionnel aurait certainement fait mieux mais est-ce le but de votre démarche ? Si vous ne souhaitez pas ouvrir votre bien à la visite, il n'est pas forcément nécessaire d'avoir un historique très rigoureux.

      D'autant que l'identification des éléments historiques, la tentative de datation et de compréhension de l'organisation de votre demeure ont un effet très bénéfique sur la rénovation que vous allez entreprendre car cela vous fait prendre conscience de la complexité et de la richesse architecturale de votre bien, y compris pour les constructions les plus simples.
      Dès lors, votre approche est plus que suffisante pour entreprendre sérieusement la restauration de votre maison médiévale ou de votre manoir.

La mise à nu du bâtiment


Cette étape est essentielle car elle conditionne l'ensemble de la rénovation et de la préservation des aspects historiques du bâtiment.
Elle doit être exécutée avec beaucoup de précautions.

En effet, comment conserver ce qui a été détruit lors de la rénovation ?
De même, que faut-il retirer qui nuit historiquement ou physiquement à l'ensemble ?
Il est aussi fort problable que lors de la phase d'analyse du bâti, certains éléments soient restés inaccessibles à votre oeil car masqués par un doublage ou un enduit , ce qui vous a empêché de réaliser au plus juste l'étude historique de votre bien.

Aussi va-t-il falloir déterminer tout ce qui masque ainsi que tout ce qui nuit pour les retirer, mais sans dégrader les éléments historiques.

  • Les éléments qui vous semblent les plus anciens


    La restauration et les réaménagements, que vous envisagez pour votre propre occupation du lieu, nécessitent peut-être une réorganisation des espaces.
    1. Les murs et cloisons intérieurs


      Tous les éléments structurels tels que cloisons et murs, s'il est nécessaire de les retirer, doivent être analysés.

      Il est de fait vivement conseillé de s'attarder sur la technique de construction et les espaces qu'ils délimitent :
      - l'analyse de la technique de construction employée permettra de savoir si l'élément est très ancien ou non, ouvrant une réflexion sur les aspects positifs et négatifs à le retirer.
      - concernant l'espace délimité, les cloisonnements ayant été construit dans une logique organisationnelle, il est vital de réfléchir à la fonction de cet espace dans le bâti et vérifiez que son absence ne le dénature en rien, que cela ne l'ampute pas d'une partie de son histoire (votre étude historique devrait à ce niveau vous aider dans vos choix).

      Si vous avez un doute vous pouvez toujours faire appel à un archéologue du bâti ou à un adhérent d'une association de sauvegarde (cf : les aides).
      Vous avez aussi la possibilité de reporter la destruction d'un mur intérieur, en attendant d'en apprendre plus sur l'histoire de votre bâtisse. C'est là le gros avantage d'effectuer vous-même la restauration de votre bien : vous organisez votre rénovation au plus juste des nécessités.
    2. Les revêtements des murs et des sols

      Si vous devez retirer les revêtements des murs ou des sols, vous devez garder à l'esprit qu'un "mauvais coup de burin" peut ruiner à jamais le visage d'une fresque médiévale cachée sous l'enduit que vous retirez.

      Pour éviter ce genre d'accident, la meilleur méthode consiste à procéder par épaisseur.
      Chaque épaisseur correspond souvent à une époque car, lors des rénovations antérieures, on s'est souvent contenté de recouvrir l'ancien par le nouveau.
      Dès lors, un enduit peut en cacher trois plus vieux, un sol en carrelage peut recouvrir une tomette de deux siècles, elle même cachant un dallage encore plus ancien.

      La méthode pour repérer ces épaisseurs consiste à faire un sondage, c'est à dire retirer une petite surface de parement et ce, sur toute son épaisseur, de façon à regarder sur la tranche ainsi découverte s'il y a plusieurs couches d'enduit, s'il y a plusieurs dallages.
      Il convient, pour les murs, de le faire loin des encadrements de baies et plutôt proche du sol. Il n'y a pas de recommandations particulières pour les sols, si ce n'est de le faire loin des lieux de passages (proximité des portes), lieux qui présentent souvent des revêtements de sols très dégradés voire inidentifiables.

      En ce qui concerne les murs, vous ne découvrirez pas forcément de décorations particulières car tous les bâtiments n'en était pas pourvus.
      Pour autant, mettre à nu les enduits anciens vous permettra de découvrir les couleurs employées et, en analysant la qualité d'exécution (enduit très lisse ou plutôt grossier), de découvrir la nature du programme de construction original.

      Vous pourrez aussi, en fonction de vos exigeances de restaurateur et de votre volonté de conduire la restauration au plus près de l'histoire du bâtiment, réenduire votre mur avec les même couleurs et matériaux qu'à l'origine.

      Quoiqu'il en soit, tel un archéologue effectuant des fouilles, vous vous attacherez à retirer ces couches l'une après l'autre et ce, afin de découvrir et de remettre en valeur les éléments historiques présents dans l'habitation.
      Vous remonterez ainsi dans le temps, poursuiverez la passionnante découverte de votre bien et compléterez votre dossier historique.
      "Nous avons procédé de cette façon pour retirer les enduits des murs du donjon. Nous avons découvert que l'encadrement intérieur d'une fenêtre était décoré d'un faux appareillage du XVème siècle caché sous un enduit du XXème recouvert, lui-même, d'un enduit plâtre et d'un papier peint des années 50.
      Nous avons aussi découvert une fenêtre du XIVème siècle murée car donnant aujourd'hui sur un espace intérieur. Celle-ci nous a renseigné sur l'évolution du bâti du donjon."
  • Les éléments modernes

    Nous appelons "modernes" tous les éléments post seconde guerre mondiale.
    Ces éléments ne sont pas difficiles à repérer et ne posent pas vraiment de problèmes concernant l'opportunité ou non de les conserver. Tout dépend du type de rénovation que vous souhaitez entreprendre.

    Pour autant, l'approche en est différente car nous sommes ici dans le domaine de "ce qui nuit" au bâti, certaines techniques de construction contemporaines étant dommageables à la pérénité du bâti. Leurs applications doivent être retirées.

    Voyons ceci dans le détail !

    1. L'humidité et le mortier ciment

      L'équilibre hydrométrique des murs des bâtis anciens est primordiale.
      L'humidité a toujours été présente dans les maçonneries anciennes, à des niveaux de concentration différents d'un bâti à l'autre, car elle provient :
      - des remontées capillaires, humidité naturellement présente dans le sol,
      - des eaux pluviales du fait d'un mauvais drainage de celles-ci (toiture modifiée et ne protégeant pas suffisamment la maçonnerie, évacuations des cheneaux positionnés à un endroit qui ne permet pas une dispersion suffisante de l'eau... qu'il faudra solutionner rapidement).

      Quoiqu'il en soit, conscient de cette réalité, en ce qui concerne les remontées naturelles du sol, les anciens ont employé des matériaux qui en favorisent la dissipation.
      Les sols intérieurs des bâtisses étaient en terre battu ou recouverts d'un dallage, les murs étaient enduits d'un mortier de chaux. Tous ces matériaux sont perspirants, c'est à dire qu'ils laissent s'échapper, par évaporation, l'humidité présente dans la maçonnerie.

      Ceci a permis de conserver des maçonneries saines et résistantes. Les bâtiments ont ainsi pu traverser les siècles jusqu'à nous.

      A contrario, les mortiers de ciment, non perspirants, séquestrent cette humidité.
      Si la bâtisse s'est vue appliquée une dalle béton imperméable au réz-de-chaussée, les remontées capilaires, ne pouvant s'échappées par le sol, migrent vers les murs périphériques, les soumettant à une forte hydrométrie.
      Et ceci est d'autant plus dommageable que cette humidité est là aussi très souvent emprisonnée, parce que le mur périphérique est lui aussi recouvert d'un enduit ciment !

      Nous nous retrouvons, de fait, avec la base des murs bien trop humide, situation problématique présentant des risques sérieux.

    2. Les risques

      - la séquestration de cette humidité dans les murs est dommageable aux maçonneries

      Elles affaiblissent les mortiers de chaux ou de terre amendée de chaux, matériaux qui constituent le mortier de cohésion des maçonneries anciennes, avec pour conséquence des murs qui s'écrasent petit à petit sous leur propre poids.
      Parfois, si la concentration d'humidité reste acceptable, cela n'occasionne aucun problème particulier car, au final, les pierres se calent les unes sur les autres et le mur ne bouge plus.
      Mais cela peut aussi, dans sa forme la plus grave, occasionner des gonflements dans la maçonnerie qui, arrivés au point de rupture, peuvent provoquer l'éboulement du mur.
      Parfois, lorsque la concentration d'humidité n'affecte qu'une partie du mur, nous voyons apparaître des phénomènes de tassements différentiels, avec fissuration des maçonneries.
      Ces désordres et ces fissurations sont difficiles et coûteux à juguler, surtout sur les murs d'1m50 d'épaisseur et de 10m de hauteur de nos châteaux et manoirs !

      - une forte humidité peut aussi affecter la pierre dans sa structure

      Cette humidité rend soluble les sels présents dans la composition chimique de la pierre. Ces sels créent en surface des efflorescences (communément appelées "salpêtre") qui rongent la pierre, lui retirant toute résistance struturelle, au point de devoir à terme la remplacer.

      Au final, un mortier affaibli conjugué avec des pierres destructurées peut rapidement provoquer des désordres graves ou faire s'ébouler un mur.
    3. Les corrections à entreprendre

      Il est vital de retirer tous les enduits, mortiers et dalles en ciment, même si cela nécessite une mise en oeuvre lourde.
      Vous ne le regretterez jamais.
      D'autant que cette humidité présente dans les murs aura une forte influence sur votre facture de chauffage (cf : la rénovation, le paragraphe traitant de l'isolation).
      "Nous avons, nous aussi, eu des soucis avec l'humidité. La cave du donjon possède 2 puits remplis d'eau. La voûte de la cave était recouverte d'une dalle béton et les murs intérieurs enduits de ciment.
      La totale !!
      Dès lors, la cave était un endroit ayant une très forte hydrométrie (d'autant que les conduits d'aération avaient été fermé) et l'eau des puits affleurait le sol.
      Il nous a fallu décrouter les enduits et casser la dalle qui pourtant revêtait un carrelage quasi neuf. Aujourd'hui, 6 mois plus tard, la cave commence enfin à sécher, l'eau dans les puits est 20 cm en dessous du niveau du sol, sol qui commence lui aussi à sécher.
      Victoire !
      Fort heureusement, rien n'avait bougé, enfin rien que l'on ait pu constater ! Si on avait laissé en l'état, cela aurait peut être mis un siècle mais à un moment ou à un autre, l'humidité aurait eu gain de cause et le bâtiment aurait bougé, bâtiment avec des murs de 1.80m de large et haut de 16 mètres, avec 2 voûtes maçonnées, l'une portant le rdc et la seconde le 1er étage !...
      Imaginez ...."
  • Conclusion

    Au final, votre manoir ou votre château vous apparaît totalement "à nu".
    Vous pouvez dès lors terminer votre analyse du bâti en y intégrant les nouvelles découvertes. Vous pouvez aussi commencer à prendre les premières décisions et dispositions concernant sa restauration.
    Et la première décision que vous allez devoir prendre concerne le choix du style architectural à employer pour restaurer votre maison médiévale ou votre château.

Le choix de l'époque


Les différents éléments que vous avez découverts vous racontent, tous, l'histoire de votre demeure.
Et cette histoire s'est nourrie et enrichie des siècles qu'elle a traversés. Aussi allez-vous rapidement vous retrouver avec des éléments de plusieurs époques exigeant, au final, le cruel dilemne du choix.

Il vous faudra pourtant faire le choix d'une époque, avec son style architectural correspondant, pour remettre en état votre bâtisse, au moins en ce qui concerne une partie du bâti, et ce choix devra être cohérent non seulement vis à vis des éléments intérieurs mais aussi extérieurs.

Par exemple, quel choix faire face à une façade présentant des fenêtres XIIIème siècle murées et modifiées pour la création d'ouvertures plus petites du XIXème siècle ?
Doit-elle être réenduite afin de masquer les fenêtres XIIIème et rendre l'ensemble harmonieux ?
Devez-vous faire appel à un tailleur de pierre afin de remettre en état les belles ouvertures XIIIème qui rendront toute sa spendeur et sa véracité à la façade de votre bâtisse ?
La deuxième solution semble être la plus cohérente, mais la plus onéreuse aussi !
"A quelle époque devait-on remettre notre donjon médiéval du XIVème siécle, dont les éléments de défense ont disparu, ayant été remanié au XVème par l'ajout de fenêtres à croisées, d'un escalier à vis dans une tourelle, et au XIXème avec la création d'ouvertures supplémentaires ?
C'est le choix qui s'est imposé à nous.
Nous avons alors décidé de remettre le bâtiment dans le style XVème siècle, période qui nous semblait la plus cohérente puisque c'est à cette époque que les modifications majeures ont été effectué sur notre bien. Pour autant, nous avons laissé les ouvertures XIXème intactes, aves ses chaînages en briques, car elles font partie de l'histoire de notre bâtisse.
Par contre, les faux plafonds intérieurs, eux aussi du XIXème siècle, ont été retirés pour faire réapparaître la belle poutraison du XVème. "
Il vous faudra vous aussi faire votre choix !
N'oubliez pas de prendre aussi en considération vos besoins en terme de confort et de praticité, d'autant plus si la bâtisse a pour but de loger votre famille en résidence principale. A vous de trouver le juste équilibre entre confort, esthétisme et respect de l'histoire... et coûts de restauration et d'entretien !

Vous pouvez bien évidemment vous faire aider par un architecte du patrimoine dont la mission est justement d'analyser votre projet, de restauration et de vie, et de lui apporter cohérence.

La rénovation


Mettons de suite les choses au clair : vous avez tout à fait le droit d'utiliser du placo avec un isolant minéral pour vos murs, du PVC pour vos fenêtres, reprendre un mur éboulé avec des moëllons bétons enduits, etc...

Mais cela n'est malgré tout pas recommandable pour deux raisons essentielles :
  1. La cohérence du projet s'en trouvera forcément entâchée, des fenêtres PVC étant, par exemple, particulièrement disgracieuses sur un bâti ancien.
  2. Certaines techniques modernes ne sont pas adaptées et nuisent physiquement au bâti, comme vu plus haut, les dommages que peuvent occasionner les enduits ciments.
  • Les matériaux

    Dans le cadre de la rénovation, il est fortement recommandé d'employer des techniques et des matériaux adaptés, à savoir :
    • les mortiers, les chappes et le rejointoiement : la chaux hydraulique NHL2, NHL3.5 ou NHL 5, le choix du type de NHL utilisée est fonction de la dureté des pierres maçonnées,
      1 - la NHL 2 : pour les pierres tendres, le calcaire par exemple...
      2 - la NHL 3.5 : pour les pierres plus dures, certains calcaires et craies très durs, les grés par exemple...
      3 - la NHL 5 : pour les pierres très dures comme le granit,
    • les enduits : la chaux aérienne CL90 ou la terre,
    • les badigeons : la chaux aérienne en pâte,
    • l'isolation : des matériaux naturels, type laine de bois en panneaux, chanvre ou pouzzolane en enduit ou déversés en vrac,
    • les fenêtres : du bois.

  • L'isolation

    1 - L'isolation contre la chaleur
    Nos bâtisses anciennes sont pourvues de murs épais particulièrement adaptés pour empêcher les chaleurs estivales de pénétrer à l'intérieur.
    Pour les toitures, tout dépend du type de comble.
    - Si vos combles sont perdus, un isolant répandu sur le sol du grenier est suffisant.
    - Par contre, si vous prévoyez d'habiter vos combles, utilisez une isolation à forte capacité thermique pour stopper les chaleurs estivales.

    2- L'isolation contre le froid
    Il est difficile de parler d'isolation contre le froid dans un bâtiment ancien.
    Pour avoir une isolation réellement efficace, il est nécessaire d'appliquer des épaisseurs importantes à l'intérieur ou à l'extérieur de la bâtisse, épaisseurs qui masqueraient inévitablement les éléments anciens (les pierres de taille apparentes des portes et fenêtres sont autant de ponts thermiques).
    Bref, tout ceci n'est pas envisageable.

    Alors, comment faire pour isoler sans isoler ?
    Rassurez-vous, il existe des solutions pour avoir une bâtisse confortable et plutôt économique.

    • Le ressenti thermique dans une pièce chauffée en hiver

      Avant de parler d'isolation, il est nécessaire de comprendre les ressentis thermiques dans une pièce à vivre.

      La température que nous ressentons dans une pièce correspond à la moyenne entre :
      - la température des parois et
      - la température de l'air ambiant.

      Pourquoi ?

      Tout corps, tout objet, rayonne une certaine température qui correspond à sa température interne.
      Si cette température interne est chaude, à proximité de cet objet, nous ressentons de la chaleur. A contrario, si elle est froide, nous ressentons inévitablement ce froid.
      C'est le principe du feu de bois qui nous chauffe devant et nous glace derrière, alors que la pièce a globalement la même température ambiante partout. C'est par l'effet du rayonnement des flammes que nous ressentons cette chaleur.

      Comprendre ce phénomène de rayonnement est essentiel pour isoler et chauffer de façon adaptée une maison ancienne.

    • Le rayonnement des murs

      Des murs de plus de 1m d'épaisseur ont une forte capacité thermique (c'est à dire qu'ils peuvent emmagasiner beaucoup de chaleur ou de froid sans modifier leur température interne), offrant une première barrière au froid extérieur.

      Pour autant, cette forte capacité thermique est un inconvénient sur le ressenti à l'intérieur puisque vos murs peuvent emmagasiner beaucoup de chaleur sans s'élever en température.
      Ceux-ci rayonnent inévitablement du froid, nécessitant de surchauffer la pièce pour en atténuer le ressenti.

      Le calcul est rapide.
      Avec des murs à 15°C, il est nécessaire de chauffer à 25°C l'air ambiant pour avoir un ressenti de 20°C. Si à cela on ajoute les hauteurs de plafond assez importantes de nos maisons ou de nos châteaux médiévaux, on se retrouve vite avec de fortes consommations d'énergie, pour ne pas dire vertigineuses !

      Au final, nous nous rendons compte de la nécessité de couper cette sensation de paroi froide pour gagner en économie et en confort, voire même de transformer cette "paroi froide" en "paroi chaude".

      Les anciens en avait bien compris les phénomènes, arrêtaient cette sensation désagréable et gagnaient en confort par des tentures ou des parements en bois massif.

    • Les isolants

      La solution se fait par la pose d'un isolant de quelque centimètres d'épaisseur ne perturbant pas le fonctionnement hygrothermique des murs d'origines (isolant perspirant).
      Le bénéfice est double car, malgré sa faible épaisseur, l'isolant permet de couper la sensation de paroi froide et de réduire fortement les déperditions thermiques.
      Elle offre aussi au mur un parement ayant la capacité de prendre très vite la température de la pièce, qui est, comme vu plus haut, source d'économie et de confort.

      Nous avons identifiés 3 types de parement adaptés à l'esthétique de nos bâtis anciens :

      1 - Les tentures
      Les tentures en laine offrent une barrière efficace au rayonnement froid et prennent aussi rapidement la température de la pièce. Si les châteaux médiévaux en étaient pourvus, ce n'est certainement pas un hasard. Et que dire de l'ambiance de la pièce ainsi pouvue !

      2 - Les parements bois
      Ces parements sont très efficaces d'autant plus que l'on peut par derrière, entre les éléments de structure, insérer un isolant en panneau type laine de bois, améliorant très sensiblement la capacité isolante de la paroi. A réserver pour les pièces ayant peu ou pas d'éléments anciens, tant il est difficile de lier ce type de parement avec les pierres de tailles apparentes des fenêtres.

      3 - Le chaux chanvre en enduit
      De loin le plus adapté et le moins cher, l'enduit chaux chanvre vous permettra de réenduire vos murs tout en conservant l'esprit de l'époque. Il peut être recouvert soit d'un enduit de chaux aérienne soit d'un badigeonné de chaux en pâte permettant toutes les colorations et décorations. Même si sa mise en oeuvre est accessible à tous, elle est néanmoins assez longue et c'est son principal défaut.
  • Le chauffage

    La première condition impérative à un chauffage efficace est d'avoir des murs exempts d'humidité (cf: la mise à nu du bâti) !

    A défaut, vous allez chauffer pour assécher vos murs, avec un réel inconfort. Seuls des murs secs ont un pouvoir isolant, même si dans l'absolu celui-ci est faible.

    Cela dit, voyons ensemble de quelle façon nous pouvons nous chauffer efficacement.

    Le chauffage étant un échange thermique, il est important de savoir qu'il existe 4 types d'échange thermique : la conduction, la convection, le rayonnement et l'évaporation.
    La première et la dernière, la conduction (par contact direct avec un corps) et l'évaporation, nous intéressent ici assez peu. Mais les 2 autres sont extrêmement importantes.

    • La convection : à minimiser au maximum
      La convection est un échange thermique avec l'air. Le chauffage chauffe l'air ambiant. Celui-ci s'élève et est remplacé par un air plus froid qui, au contact du chauffage se réchauffe, s'élève, etc, etc ... ce qui met en oeuvre le phénomène de convection.
      Ce phénomène doit être minimisé au maximum car l'air chaud s'élève au plafond (très haut dans nos maisons médiévales). Pour en ressentir les bienfaits, il est nécessaire de beaucoup chauffer pour accumuler suffisamment d'air chaud pour que celui-ci arrive au sol.
      Et encore faut-il chauffer plus vite que la pièce se refroidie, l'air n'ayant aucune inertie thermique (capacité à conserver de la chaleur) !

    • Le rayonnement : à favoriser au maximum
      Nous avons vu plus haut les aspects négatifs des rayonnements froids des parois froides. Nous allons donc aborder tous les aspects positifs des rayonnements chauds.
      Pour profiter d'un rayonnement chaud, il faut chauffer de la matière, de la masse.

      1. Aussi, tous les modes de chauffage type chauffage par le sol et/ou par les murs (électrique ou hydraulique) sont parfaits pour nos biens anciens, d'autant que ces modes de chauffage sont très économiques.
        De cette façon, vous ressentirez toujours et partout cette agréable sensation de chaleur sans avoir à chauffer outre mesure l'air ambiant, notion très importante eu égard aux volumes à chauffer des grandes salles et autres chambres hautes de plafond de nos biens médiévaux.

        Refaisons un rapide calcul :
        Mes murs ou mon sol sont à une température de 19°C. Je souhaite avoir un ressenti à 20°C. Cela nécessite de chauffer l'air qu'à 21°C, ce qui est 4°C de moins que dans notre premier calcul.
        Il faut savoir que chaque 1°C supplémentaire au delà de 19°C nécessite 7% d'énergie en plus. L'économie est rapidement vérifiée avec un confort plus important.

        Ces modes de chauffage ne peuvent être mis en oeuvre que lors d'une rénovation lourde. C'est leur principal défaut, avec un bémol pour les murs chauffants, beaucoup plus souples en mise en oeuvre.

      2. Les poêles à bois sont aussi particulièrement adaptés au bâti ancien car ils chauffent autant par rayonnement que par convection. Il existe aussi des poêles à granulés bois qui proposent une gestion automatisée et programmable, plus pratique et plus moderne.


Conclusion

Voilà ce que nous pouvions dire au sujet de la rénovation d'un bien historique. Nous espérons que cela vous aidera dans votre future (ou actuelle !) rénovation.